24 heures à Naples

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Que faire a Naples en 1 jour

Naples, grecque, espagnole, française, et … italienne, insoumise depuis toujours, est une ville qui ne ressemble qu’à elle-même. Son destin singulier, ses splendeurs (c’est l’une des trois capitales européennes avec Londres et Paris au XVIIIème) et ses misères (le Sud est devenu le parent pauvre d’un pays unifié tardivement) en font une contradiction permanente, un théâtre quotidien.

Naples millénaire

Commencez par le centre historique, le centro storico. Le Duomo, la cathédrale, abrite le trésor du saint patron de la ville, san Gennaro, saint Janvier, dont le sang se liquéfie deux fois par an, ce qui rythme la vie de tous les Napolitains depuis des siècles. San Gennaro est l’un des cinquante protecteurs de la ville, en particulier contre les éruptions du Vésuve, très présent dans l’imaginaire parthénopéen.

A deux pas vous trouverez l’un des trois Caravage de Naples, Les sept oeuvres de la miséricorde, via dei Tribunali (dans la chapelle de Pio monte della misericordia). Reprenez le decumanus dans l’autre sens jusqu’à la rue San Gregorio Armeno, la rue des crèches, où les artisans rivalisent d’imagination et d’humour, résumant l’esprit napolitain fait d’insolence, de vraie piété et de superstition. Vous pourrez, avec un peu de chance, visiter le cloître secret au dessus du délicieux clocher sous lequel vous passerez (sonnez chez les soeurs) véritable oasis dans le tumulte ambiant. Le jardin, le bassin aux poissons rouges, les tuiles multicolores et la gentillesse de l’accueil vous laisseront un souvenir enchanteur.

Revenez sur vos pas pour passer devant une curieuse église, avec des crânes et des tibias en façade, Sainte-Marie-des-Ames-du-Purgatoire. Ces âmes des pauvres sont des intercesseurs, une garantie pour le paradis, et nous rappellent que Naples est une vanité permanente où l’obsession de la mort voisine avec le carpe diem, la philosophie du plaisir. Leur culte, interdit, est d’autant plus vivace (il faut aller au fond de la Sanità, ce quartier populaire, au cimetière des Fontanelles pour comprendre la familiarité des habitants avec leurs morts).

Tournez vers la chapelle baroque san Severo, construite par un prince fou, inventeur du carrosse amphibie, franc-maçon ami de Casanova. Elle abrite, entre autre sculptures, le Christ voilé, unique et sublime oeuvre de Sanmartino, qui contraste avec les deux cadavres écorchés que vous verrez dans la crypte : ce n’est pas de l’art contemporain mais les corps solidifiés de ses deux domestiques, et vous êtes là devant l’un des mystères de Naples avec la liquéfaction du sang de saint Janvier, bref, dans la poésie qui résiste à la science.

Une halte gourmande s’impose, dans une institution, Scaturchio, place san Domenico Maggiore. Ici, on boit son café debout, comme les Italiens. Il y a au moins dix sortes de cafés entre le lungo (à peine deux gorgées), le macchiato (notre noisette), tazza fredda (dans une tasse froide), mais la spécialité c’est le nocciolato, sucré à la crème de noisettes ! Vous boirez à Naples le meilleur café du monde dans n’importe quel endroit.

Faites une halte dans l’église du Gesù, pour les ex-votos, les ors et la ferveur populaire, et en face l’église santa Chiara, à la simplicité toute romane, et son cloître de majoliques extravagantes. Place Dante vous pourrez choisir entre le musée archéologique et la descente de la via Toledo qui s’appelle aussi via Roma, vous arrêter pour déguster une sfogliatella, spécialité fourrée de ricotta au cédrat confit, ou un baba, qui ressemble à s’y méprendre à la matière première de cette ville, le tuf blond sur lequel elle est construite, aérien.

Naples théâtrale

Au bout de la via Toledo, la galerie Umberto, le San Carlo, centre de l’opéra européen au XVIIIème, la place du Plébiscite et le Palais Royal. Pour les mélomanes, un arrêt s’impose à l’église San Ferdinando, l’église où Pergolèse créa le Stabat mater avant de mourir à 26 ans.

naples en une journée

Prenez la via Chiaia : à son début,  une autre institution de la ville : Brandi, où fut inventée la pizza Margherita. Marchez jusqu’au « salon » de Naples, la piazza dei Martiri, pour le lèche-vitrine de l’élégance italienne, avant de redescendre vers la mer, toujours un peu oubliée. Le front de mer a été rendu aux piétons par le maire actuel, De Magistris, et la promenade est agréable jusqu’au château de l’Oeuf et le borgo marinaro où l’on peut manger cette autre spécialité : les spaghetti aux coquillages, alle vongole, au bord de l’eau. Remontez à la piazza Municipio, où la station de métro n’en finit pas de se construire à cause des vestiges archéologiques. A propos de métro, engouffrez-vous dans n’importe quelle bouche, car, si ici le théâtre est partout, l’art contemporain est dans les stations de métro. Et si vous préférez d’autres transports, les aliscafi pour Ischia, Capri et Procida sont tout proches : laissez-vous emporter vers le rêve, peut-être au son des chansons napolitaines, solaires et mélancoliques à la fois, ou Pino Daniele le chanteur récemment disparu, qui a dit mieux que tous les merveilles de sa ville, son humanité, sa violence et sa douceur, son allégresse et ses drames, son insouciance et son tragique.

Véronique Bruez, Naples allegro c on fuoco, Gallimard, collection « Le sentiment géographique ».

Naples allegro con fueco

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