Sainte-Marie, la fiancée des pirates

Commentaires (1) Grands Voyages, Idées de Voyages

Au large de la côte Nord-Est de Madagascar, Sainte-Marie déroule ses soixante kilomètres de nature brute. D’abord repère de pirates, puis camp de prisonniers, l’île s’ouvre peu à peu au tourisme, sans perdre de son caractère.

Elle ne se laisse pas aborder facilement. L’embouchure de Soanierana Ivongo, passage obligé pour rallier l’îlot Madame et Ambodifotatra, chef-lieu de l’île Sainte-Marie situé à 150 km de Madagascar, est classée parmi les points les plus dangereux de la côte est malgache. Un océan Indien peu docile tient en effet ici un triste recueil de naufrages et d‘épopées à bord de barges rouillées. On respire donc à l’idée de gagner l’île plutôt par les airs et de se poser tranquillement sur son aérodrome miniature, laissant à l’imagination la liberté de revivre l’aventure des premiers conquérants de l’île.

Car cette île filiforme, discrètement posée sur les routes maritimes entre les Indes et l’Europe, fût, entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, un sérieux repère de pirates. Olivier Levasseur, dit la Buse, Capitaine Kidd, Henry Every alias Long Ben et quelque mille flibustiers moins célèbres y jetèrent l’ancre alors que les Caraïbes devenaient moins rentables. Madagascar, sur la route des galions espagnols et français chargés de trésors de retour des Indes,  s’avérait être une retraite dorée pour les flibustiers du monde entier. La légende veut qu’ils y établirent même leur colonie utopique, Libertalia.

Sur Sainte-Marie (aujourd’hui également connue sous son nom malghache Nosy Boraha), les forbans appréciaient sans doute la douceur d’une vie bercée par un microclimat et une nature généreuse faisant bombance d’eau douce, de cocos et de fruits en tous genres. Des criques, abritées par un lagon poissonneux et une côte sud protégée des tempêtes ; Des parfums de vanille, de girofle, de poivre et de café : autant de merveilles édéniques qui aujourd’hui encore attendent les voyageurs.

Installé à l’arrière d’une charrette à zébus trottinant sur la piste principale de l’île (dont seuls quelques kilomètres revêtent le goudron) on se dit qu’effectivement le butin semble intact. Devant nous, le taxi-brousse jaune flamboyant avale le serpent de latérite et à chaque arrêt rebondissent les rires des écoliers saint-mariens. Chacun rejoint son petit hameau de cases en ravinala et interroge ses parents sur la pêche du jour. Une paillasse pour dormir et une barque pour aller pêcher : à Madagascar il suffit de peu pour être heureux. Bien sûr, le visiteur gâté a des difficultés à résister au confort du Princesse Bora et à son Jungle Spa. Sa petite tribu installée face au lagon, on remercie déjà celle de la Princesse Betty, épouse du capitaine Labigorne, qui en 1750 offrit cette île précieuse à la France.

En buggy pour les paresseux, en vélo pour les sportifs, il faudra ensuite filer saluer les pirates dans leur dernière demeure. Bravant une armée de crabes de sable et une traversée ( à marée basse seulement !) en équilibre sur la petite digue à travers le marigot, on pose enfin le pied sur l’île aux Forbans. À travers les hautes herbes, s’éparpillent quelques croix de granit noir. La plupart des épitaphes ont été gommées par le temps mais ici, sous une énorme croix fissurée on peut lire : « au capitaine de frégate la Levrette » et là, une tombe porte le fameux crâne croisé d’os. Le silence du soleil plongeant dans l’océan sonne le temps de rebrousser chemin. L’idée de passée la nuit ici n’inspirant finalement personne.

À chaque journée sa rencontre. On se souvient de cette dame au chignon blanc et à l’accent arborant encore une pointe de  son Bordelais natal. Elle raconte sa vie de jeune fille, lorsque l’île servait encore de bagne à la France. Elle parle des prisonniers employés à la ferme familiale, des bagarres pour « des histoires de femmes ou de sel », de la décolonisation et ses conséquences, du mode de vie insouciant des Malgaches, des cyclones qui balayent la côte Est, sauvage et si belle avec ses cabanes de Robinson, et occasionnellement le toit de sa maison.

L’autre rendez-vous marquant a lieu sur l’eau. Chaque année, entre les mois de juillet et septembre, les baleines à bosse choisissent elles aussi les eaux peu profondes de Sainte-Marie. Aux côtés d’une association œuvrant pour leur protection, on approche les mégaptères. Mères et baleineaux assurent un spectacle naturellement magique !

 

 

Pour finir en beauté, direction l’extrémité sud de Sainte-Marie. D’un coup de pirogue, on rejoint l’île aux Nattes. Au-delà de ses plages farine, son eau perroquet et ses fonds sublimes, cet îlot est aussi un lieu de vie avec son école et ses petits commerces même si voitures et électricité n’ont pas encore traversé. Sans doute le dernier repère des flibustiers tranquilles.

Baptiste Briand

 

Une idée de circuit à Madagascar

 

 

 

One Response to Sainte-Marie, la fiancée des pirates

  1. Cote d'Azur dit :

    Rien qu’en lisant votre article et en visualisant un peu de photos, on peut dire que c’est une très belle île. Malheureusement, l’île Sainte-Marie est classée parmi les points les plus dangereux de la côte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.