Mieux comprendre la situation à Cuba

Commentaires (0) Idées de Voyages

Le 17 décembre dernier, le président Obama et son homologue cubain Raul Castro ont fait l’annonce spectaculaire de la reprise des relations diplomatiques entre leurs deux pays – une annonce qui met fin à 75 ans de guerre froide. Normalisation des relations, levée de l’embargo, accès aux institutions bancaires, ouverture au commerce international, … Quelques repères pour comprendre.

Pour rappel, les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba sont interrompues depuis 1961, et l’île vit sous embargo américain depuis 1962. Un embargo décrété par John F. Kennedy le 3 février 1962 en réponse à l’installation de missiles soviétiques sur l’île, embargo aux impacts dramatiques pour Cuba, dont les Etats-Unis avaient toujours constitué le marché naturel : en 1959, 73 % des exportations de l’île sont en direction des Etats-Unis, 70 % des importations en proviennent. En 1991, après l’effondrement du bloc soviétique, alors que Cuba, privée du soutien de l’URSS, vit une grave crise économique, les Etats-Unis augmentent encore les sanctions, dans le but de précipiter la chute de Castro. L’embargo a permis au contraire à Fidel Castro de se poser en victime de l’impérialisme américain, de justifier ses échecs et son autoritarisme –  et s’il a cédé le pouvoir à son frère en 2008, il a survécu à onze présidents des Etats-Unis  – et pénalise durement la population cubaine.

En faisant le choix du rapprochement avec Cuba, Barack Obama met fin à 50 ans d’une politique contre-productive.

Ce qui a été fait

L’administration Obama a entériné les quelques réformes qui ne nécessitent pas l’aval du Congrès – réformes qui facilitent les transferts d’argent et les déplacements des Américains vers Cuba et rendent possibles certaines activités commerciales liées aux services bancaires et aux télécommunications.

Ce qui est en cours

Barack Obama et Raul Castro souhaitent annoncer une date d’ouverture de leurs ambassades lors du sommet des Amériques des 10 et 11 avril prochain. Mais la mise en place d’une ambassade américaine à La Havane est pour Cuba conditionnée à son retrait de la liste des « pays terroristes », où elle figure – pour son soutien aux guérillas luttant contre les régimes sud-américains alliés à Washington –  depuis 1982 ; ce qui lui empêche d’avoir accès aux institutions bancaires internationales. La suppression de ce fichage va de soi pour l’administration Obama, qui ne la fait pas même figurer à la table des négociations, mais de longs délais purement techniques risquent de retarder l’ouverture des ambassades.

Ce qui reste à faire

Barack Obama a été conforté dans sa volonté de rapprochement par l’adhésion aux mesures annoncées de la diaspora cubaine – une communauté qui représente 8 % de l’électorat de la Floride. Jusqu’à récemment, un candidat à la Maison Blanche ne pouvait se prononcer en faveur d’un rapprochement avec La Havane, sans compromettre son élection ou celle de son parti en Floride. Si la première génération, chassée par la révolution de 1959, profondément anticastriste, est unanimement pour le maintien de l’embargo, les plus jeunes sont favorables à un rapprochement avec leur pays d’origine – ils sont aujourd’hui 52 % à se déclarer en faveur d’une levée de l’embargo (contre 13 % en 1991).

Si Barack Obama souhaite voir l’embargo prendre fin avant la fin de son mandat, en 2017, la levée de l’embargo doit être examinée  au Congrès, seul habilité à prendre une décision.  Obama va devoir faire face à l’opposition des élus républicains dans leur ensemble ; faire face également au puissant lobby anticastriste – 8 élus d’origine cubaine hostiles à toute négociation avec le régime, dont Marco Rubio, sénateur de Floride et potentiel candidat républicain à la Maison Blanche – qui continue de militer activement contre tout rapprochement avec Cuba. Autant dire que l’embargo n’est pas encore levé.

 

Retrouvez l’interview de Thibaud Perdrix, Directeur Amérique Latine de Voyageurs du Monde

Et retrouvez également nos idées de voyage à Cuba sur notre site

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.