Key West, les clés du bonheur

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Avant d’écrire la mer, Ernest Hemingway l’avait apprivoisée ici, à Key West, point zéro d’une ligne d’îles en pointillé filant entre Cuba et Miami. Et « Papa » avait vu juste : Les Keys de Floride ouvrent bien la porte des Caraïbes.

Le 907 Whitehead street, à Key West, Floride, est gardé par une horde de félins peu ordinaires. Ava Garder, Shakespeare, Charlie Chaplin, Hilary Clinton ne se contentent pas d’amuser la galerie de visiteurs du musée avec leurs sixièmes griffes (une exception génétique) : ils sont aussi les descendants directs de la communauté de chats de l’ex-propriétaire des lieux : Ernest Hemingway.

Comme Papa

Bizarrement, c’est à Paris que l’écrivain américain entend pour la première fois parler de Key West par John Dos Passos, autre électron de la Génération Perdue. Hemingway y pose un premier pied en 1928. Trois ans plus tard, il s’installe avec sa femme Pauline Pfeiffer, dans cette maison au style colonial espagnol. Un leg architectural des conquistadors de Ponce de Léon qui, alors en quête de la fontaine de jouvence, débarquèrent au début du XVIe siècle sur ces îles plates (cayos) alignées au sud de la Floride.

Perché dans son bureau, au-dessus d’un jardin luxuriant bordant une piscine d’eau salée taillée à même le sol corallien (et célèbre pour les 20 000 dollars et un penny que l’auteur y laissa), le prix Nobel de littérature 1954 trouve l’inspiration plus ou moins directe à nombreuses de ses œuvres : « Pour qui sonne le Glas », « Les neiges du Kilimandjaro », « En avoir ou pas ». Autres encriers dans lesquels « Papa » (surnom né à l’époque) trempe sa plume : les eaux cristallines aux confins du golfe du Mexique, de l’océan Atlantique et de la mer des Caraïbes, théâtre de ses innombrables sorties de pêche, aux Dry Tortuga (aujourd’hui fabuleuse réserve marine) à Bimini et jusqu’à Cuba, son prochain exil, à 170 km seulement. Également mémorables : ses combats de boxe dans la cour du Sloppy Joe, ancienne maison close reconvertie depuis en restaurant. Sans doute séduit par l’ambiance caribéenne, une douceur de vivre relevée d’amitiés sincères, de daïquiris et de couchers de soleil cramoisis, Hemingway passa plus de dix ans à Key West. Et si vous croyez encore l’apercevoir à chaque coin de rue en plein mois de juillet, il s’agit certainement de l’un de ses sosies réunis ici chaque été durant le Hemingway Days Festival.

Une retraite dorée

Dans le sillage de l’auteur du « Vieil homme et la mer », Key West fut la retraite ensoleillée de nombreux talents littéraires. Comme si déconnectés de leurs réalités, les cerveaux redonnaient libre cours à leurs imaginations. En 1948, Tennessee Williams, s’installe au 1431 Duncan Street. Il y séjourne pendant près de trente ans, et y écrit les premières pages d « Un tramway nommé désir ». Par ailleurs, à la même époque le président Harry S Truman y installe les quartiers d’hiver du gouvernement dans une « petite maison blanche » (aujourd’hui musée). Dans les années 70, Truman Capote, Hunter S Thompson, John Hersey, Jim Harrisson traînèrent également leurs carnets sur l’île. La « République de la Conque » n’est cependant pas le refuge privilégié d’une poignée de célébrités bien inspirées. « Dès le mois de décembre, l’ US1 (qui relie les îles depuis Miami) ne désemplit pas » commente Tom, un pêcheur de stone crabs. Si peu comme lui peuvent se targuer d’être une conque (mollusque local et surnom donné aux natifs de l’île), parmi les « conques d’eau douce » (7 ans d’ancienneté à Key West) et les « conques d’honneur » (14 ans de résidence), l’île compte un total de 25000 habitants permanents. Une goutte d’eau noyée par 3 millions de visiteurs annuels (croisières comprises) en quête d’une place sous le soleil des îles. Car si la bannière étoilée flotte sur le pas de ses portes en bois, Key West a bien la suavité caribéenne.

Belle floribéenne

Il suffit pour s’en imprégner de déambuler au chant des (nombreux) coqs  dans les ruelles sablonneuses du quartier bahamien. Maisonnettes de bois aux couleurs délavées, dégringolades de bougainvillées, petites églises clinquantes. Puis de s’installer  face à la mer ou à l’ombre d’une cour( celle du Blue Heaven par exemple) pour déguster un hamburger de conques frites, un jerk chicken jamaïcain, un filet de porc au chutney de mangue ou de simples crevettes grillées avant une délicieuse Key lime pie. Selon la légende, une fois entré dans vos chaussures, le sable de Key West vous y ramène forcément… même si ici comme sur l’ensemble des îles, les plages sont plutôt rares. La baignade sur Fort Zachary beach ou Municipal beach y est d’autant plus précieuses. Lorsque le soleil tombe, on rejoint Mallory Square et on se hisse à bord d’un catamaran pour une croisière-sunset-champagne. Kitch à souhait mais tellement bon. Sur la croisette, on assiste à un véritable show à l’américaine dans lequel les jongleurs de feu côtoient les prêcheurs vendant Jésus comme argument marketing.

Fantasque et festive, Key West trouve tous prétextes à la fête. L’île qui fut l’un des premiers lieux aux Etats- Unis à accueillir la communauté gay, voit défiler chaque printemps la Key West Pride. À l’automne c’est au tour du Fantasy festival, de dévaler les rues: les corps sont nus, peinturlurés, extravagant. L’île cocasse reçoit aussi la fête du poulet (animal fétiche), celle des Corvettes, ou encore le festival de musique sous-marine. Hors rendez-vous, la vie nocturne bât son plein en permanence sur Duval street, alignement de bars à ciel ouvert dans lesquels s’égosillent les groupes live. Ce mélange de folie douce à l’américaine et de nonchalance typique des Caraïbes confère à l’île une unique atmosphère floribéenne.

Une immense réserve marine

À défaut de plage, c’est sur et sous l’eau que s’exprime au mieux le potentiel naturel des Keys. Une faune extrêmement diversifiée comptant des espèces rares s’épanouit au fil des différents parcs nationaux et du sanctuaire marin des Keys. Au départ de Miami, le John Pennekamp Coral Reef State Park sur Key Largo, est un premier arrêt populaire qui permet de prendre la dimension des lieux. On saute dans un bateau à fond transparent, on enfile son masque et son tuba pour explorer le lagon tropical et saluer coraux, poissons-anges hippocampes, tortues et autres requins dormeurs. C’est également un spot réputé pour la plongée-bouteille avec de nombreuses épaves et le fameux Christ des abysses, une statue immergée. À Duck Key, on s’offre un autre rendez-vous sous-marin. Cette fois c’est un bain avec de joyeux dauphins. Plus loin, les Keys vous offrent un petit frisson : nourrir à la main les tarpons, énormes poissons qui bullent au pied du ponton. Parmi les autres activités sportives, une balade en kayak de mer sera l’occasion d’explorer la mangrove. Sur les 800 îles que comptent les Keys, seule une trentaine est habitée. Les autres constituent de véritables refuges abrités par les palétuviers et les espèces d’arbres rares. À marée haute, l’embarcation silencieuse se faufile à travers l’enchevêtrement de leurs larges racines. C’est l’occasion de surprendre dans un rayon de soleil filtré les habitants de la mangrove: un couple de pélicans, un chevreuil furtif et quelques crabes peureux. Enfin plus bas, à Bahia Honda, plus au sud, l’une des deniers Keys avant Key West, le grand show aquatique reprend dans une ambiance plus sauvage, bordée de plages sucre glace.

42 ponts et une bonne raison pour y aller

Reliant Miami à Key West, l’ US1 également appelée « l’Overseas highway » sur cette portion mérite à elle seule un voyage de trois heures entre le ciel et l’eau. Au sud de la ville, le vert intense  des marais (pour les Everglades tourner à droite) laisse progressivement place au bleu. Les îles s’enchaînent comme des traits d’union reliés par les ponts de l’US1 (la même qui longe la côte Est jusqu’au Canada) s’étirant au-dessus des eaux laiteuses. Au total, quarante-deux fois l’impression de rouler sur l’eau ! Le plus grand d’entre eux, le Seven miles bridge, fait une enjambée de plus de 10 kms. À l’origine de cette autoroute un projet fou né en 1905 de l’ambition d’un magnat des chemins de fer bien décidé à rattacher Key West à Miami. En 1912, le premier train inaugure la voie mais deux decennies plus tard, un ouragan détruit la majorité de la construction tuant au passage près de 800 personnes.  Une route parallèle remplacera alors le rail. Aujourd’hui, « l’ Overseas highway » longe ainsi les vestiges rouillés de l’ancienne voie ferroviaire devenue ponton de fortune pour les pêcheurs à la ligne. Au fur et à mesure que Key West et le point zéro de l’US1 approchent, que l’air se charge de sel, ce fil de fer étroit semble fondre entre le sable et l’océan. Le cordon ombilical avec le continent américain se dissout, le parfum fleuri des îles se renforce. Loin de son Wisconsin natal une « conque d’eau douce » lance une phrase qui vous interpelle : « ici je peux vivre en short toute l’année. » Vous êtes arrivés.

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Renseignements : fla-keys.com (en anglais)

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