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Commentaires (0) Voyages intérieurs

S’extraire de son quotidien, se délester de ses habitudes, changer de rythme, de saison, de paysage, respirer un air nouveau : voyager. Une disponibilité, une ouverture à l’autre, à d’autres cultures, d’autres croyances, une école de tolérance.

Rencontres plurielles, celles qu’on tire du voyage, mais qui semblent toujours s’initier par une manière de se délester de soi – ou comment transformer l’amer savoir du poète en un gai savoir. La tâche est peut-être moins ardue qu’il n’y paraît  s’extraire des contraintes du quotidien, changer de saison et de paysage, respirer un air nouveau : le désir d’ailleurs n’est pas sans lien avec l’envie de mettre pour un temps ses habitudes à distance. Le voyage est un oubli de soi, une vacance – un terme galvaudé auquel il faut redonner son sens premier, une disponibilité ;  un espace-temps délié de la linéarité de la vie quotidienne, qui est aussi espace disponible pour la rencontre. On part, et on est dé-paysé le dépaysement,  autre terme usé à force d’être maltraité, et qu’il faudrait parvenir à réhabiliter : être dépaysé, c’est accepter d’être déterritorialisé, c’est faire l’expérience de mondes nouveaux et se confronter à d’autres imaginaires, à d’autres manières d’être. Le voyage place ainsi le voyageur au croisement de plusieurs perspectives : celle de sa propre vie, celle de la vie de ceux et de celles qu’il croise en chemin. Rencontres fugaces qui restent en mémoire des années après, on ne sait trop pourquoi un enfant croisé dans une rue de Buenos Aires, une femme à qui on a acheté un thé lors d’une halte au bord de la route, dans le nord de l’Ethiopie – et le goût sucré, épicé du thé brûlant, qui parfois se rappelle à notre souvenir. Rencontres plus longues – une discussion passionnée autour de la littérature persane avec des étudiants de l’université d’Ispahan ; en Tanzanie, malgré le manque d’une langue commune, la découverte d’un monde, celui de quelques chasseurs-cueilleurs rencontrés sur les rives du lac Eyasi, et qui, entre préservation des ressources naturelles, recherche du consensus et autarcie, suscitent l’admiration ; ou encore une soirée chaude, passée à se balancer au creux d’un hamac en discutant avec l’instituteur du village sur un îlot du bras du Mékong. D’autres lieux, d’autres rencontres un architecte qui nous embarque pour nous faire visiter Melbourne, sa ville natale ; un dîner partagé avec un journaliste à Rio ; une partie de baby-foot disputée dans la rue, avec des gamins de Tunis – chacune d’entre elles, à elle seule, justifie le voyage. Un voyage dont on revient plus riche, riche d’une plus grande connaissance des autres et de soi-même.

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