Partir pour se mettre au vert

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Partir pour se mettre au vert

Si pour beaucoup de peuples à travers le monde, la nature a gardé une place prépondérante, nos sociétés occidentales urbanisées s’en sont progressivement éloignées. Retrouver un contact direct avec les éléments, réapprendre à vivre à son rythme : un bonheur essentiel.

Chevelure d’argent, regard d’obsidienne, serres d’aigles : l’homme-médecine explique le pouvoir du soleil, des pierres, des plantes, il dit les liens qui unissent l’homme, le ciel et la terre. Cette terre ocre brûlante de Teotihuacan est celle de ces ancêtres aztèques. Ses propos limpides sur la place des éléments et de l’environnement font écho à celui des Lakotas des Grandes Plaines américaines et à ceux des aborigènes d’Australie croisés au pied d’Ayers Rock, à l’heure où l’astre solaire embrase la roche rouge. Des cultures où la nature est prépondérante et dans lesquelles l’homme a sa place, pas plus que le lézard ou le papillon. Sans glisser dans le mysticisme, il faut reconnaître que se lever face à l’immensité de la steppe mongole, se tenir au pied des dunes abricot de Sossusvlei sculptées par le temps et le vent, ou face aux cimes enneigées de l’Annapurna, s’allonger sous les aurores boréales en Islande, sont des expériences « sur-naturelles » qui inspirent la réflexion. Regard perdu à l’horizon – sensation oubliée par le citadin fixé à son minuscule écran. Marcher pieds nus, se jeter dans l’océan, raviver un feu de camp, humer les parfums de la forêt, en quelques jours d’immersion le corps réapprend à sentir. La vision s’affine, l’oreille redécouvre le silence dans le désert et dissèque les bruits de la savane, reconnaît celui du vent dans les branches. Le parfum de la pluie, le goût du thé et des fruits n’ont jamais paru si puissants. Bousculés parfois par l’effort d’une marche à 5000 m d’altitude, d’une randonnée à vélo face au vent, dans la chaleur, le froid,  les sens engourdis par une vie sédentaire se réveillent. Le corps revit, il retrouve son instinct d’adaptation, on reprend conscience en lui. Là, perché sur la crête d’un canyon sud-africain, dans les odeurs de soufre d’un volcan indonésien, plongé sous les étoiles dans les bouillonnements d’une source chaude du Landmannalaugar, assourdi par les craquements du glacier qui s’effondre dans le Lago Argentino, on perçoit la beauté, la puissance mais aussi la fragilité du monde qui nous entoure. Réapprendre l’humilité à l’approche d’un gorille ou d’un requin-baleine, se remettre à sa place, prendre soin de la vie – « notre vocation » comme le rappelle Pierre Rabhi – passer de l’action à la contemplation. C’est aussi l’une des leçons des grands espaces : vivre au rythme du soleil, oublier sa montre,

nous les Occidentaux qui avons « l’heure mais jamais le temps » disait Gandhi. Alors, lorsque la taïga défile au rythme du rail, l’Atlantique dans le sillage d’un cargo, la barrière de corail dans celui de ses palmes, le voyage permet d’entrevoir une vision moins égocentrée du monde.

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