Partir pour se souvenir

Commentaires (0) Voyages intérieurs

Voyager dans des paysages où s’inscrit l’histoire, visiter des lieux de mémoire, faire sien un patrimoine universel pour mieux comprendre en entreprendre le monde. Et par le voyage, se fabriquer une mémoire intime adossée à la mémoire collective.

Même si on sait avec Nicolas Bouvier que « le voyage se passe de motifs », voyager, c’est aller à la rencontre de mémoires, de moments d’histoire inscrits dans la pierre, dans le paysage, et portés par les peuples. C’est aussi, dans un mouvement contraire, faire provision de mémoire – moments fugaces réactualisés longtemps après par les objets chinés, par les photographies. C’est la fabrique d’une mémoire intime qui s’adosse à une mémoire collective, celle de l’histoire des civilisations : « on croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait». Le voyage conjugue alors l’itinérance géographique et la temporalité historique. Si chacun a ses lieux de mémoire, voyager offre l’opportunité précieuse d’appréhender les lieux de l’autre, les lieux d’une histoire de la diversité humaine – à la poursuite d’imaginaires autres, de croyances différentes, de sensibilités nouvelles, de systèmes de pensée inconnus. Et c’est aussi ainsi que le voyage nous fait, nous défait, nous change, grandis de cette connaissance nouvelle du monde. Que l’on rende visite à notre ancêtre Lucy à Addis-Abeba, que l’on se passionne pour les subtilités du système d’écriture maya après un voyage au Guatemala, que l’on s’émeuve face à la flamme, alimentée depuis plus de 1500 ans, du grand temple zoroastre de Yazd, en Iran, ou que l’on découvre le génie agronome des Khmers à Angkor, le voyage aiguise notre curiosité, le voyage est collecte de savoirs, et plus encore de ressentis, d’émotions, qui entretiennent une approche dynamique de l’histoire, qui nourrissent mise en perspective et ouverture au monde. Faire face aux Moais sur l’île de Pâques, marcher sur les routes de Compostelle, se souvenir du Che en Argentine, visiter Robben Island, où Nelson Mandela fut incarcéré pendant 18 ans : autant d’expériences qui font se déployer différentes temporalités de l’existence humaine, qui nous font cheminer au fil d’une histoire des mentalités. L’Egypte se raconte sur les hiéroglyphes inscrits par les scribes il y a 2000 ans aux murs des nécropoles de la Vallée du Nil comme sur les tags dessinés par les activistes sans peur dans les rues du Caire depuis le printemps 2011. Voyager alimente un lien vivant à l’histoire – une histoire dont on ne cesse d’apprendre pour le présent, et pour l’avenir.

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